L’expérience d’un récit en marche

« Certains lieux sont particulièrement actifs, révélant des parties de nous-mêmes que nous ignorions ; c’est ce que j’appelle leur « génie », m’appuyant sur la tradition latine. Souvent c’est parce qu’ils sont façonnés par l’homme, qu’ils sont la matérialisation d’une culture ou d’une époque. Parfois un grand artiste, un architecte par exemple, les a façonnés ; mais la plupart du temps ils se sont mis à plusieurs et les époques se superposent. Parfois ce sont des écrivains qui ont décrit telle ville, et dont nous avons l’impression de retrouver le texte à tous les coins de rues. »

Michel Butor par Michel Butor, Seghers, 2003

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Les Lignes de désir a longtemps eu l’ambition d’être un projet éditorial à dimension protéiforme construit autour d’un texte non-linéaire dont les différents supports de publication en transformerait la structure et la réception. Je voulais voir ainsi comment une même histoire, celle d’un homme qui traverse la ville d’un bout à l’autre, à la recherche de la femme qu’il aime et qui a disparu, dans les lieux qu’ils avaient l’habitude de fréquenter à Paris, pourrait changer de forme à travers différents supports d’édition.

  • d’un livre imprimé, édité par un éditeur qui ne retiendrait qu’une sélection aléatoire dans l’ensemble des fragments écrits (et à chaque nouvelle impression, une nouvelle version créant ainsi autant de versions collectors de ce récit).
  • d’un livre numérique diffusée sur Publie.net (avec ordre non-linéaire des pages du récit).
  • d’un texte sous forme de cartes à jouer (tirage limité façon livre d’artiste), à partir d’une sélection de textes ayant pour thème le visage (série en cours d’écriture.
  • d’une installation sonore (associée à des lectures avec tirage aléatoire du texte (comme au cipM à Marseille) et des performances régulières (sous forme de visites guidée, notamment). À partir des deux pièces sonores réalisée sur France Culture. Dialogue d’un homme et une femme, entre le jour et la nuit (comme celle de La Commanderie à La Commande, à l’initiative de l’association accès(s) dans le cadre des Chemins électroniques.
  • et d’une application pour les plateformes Android et iOS au format smartphone uniquement, permettant d’écouter le récit tout en marchant dans l’espace même de son déroulement (l’île Saint-Louis), une écoute mobile de l’histoire permettant d’éditer à l’issue de son itinéraire, selon le chemin suivi, un récit inédit, un parcours poétique original.

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En travaillant sur le dispositif transmédia proposant d’explorer le récit interactif sous forme de narration combinatoire élaboré à partir d’une base de données géolocalisées de textes se présentant sous la forme d’enregistrements sonores offrant à l’utilisateur une ballade immersive sans pour autant lui dicter un quelconque chemin à emprunter, le projet a sensiblement évolué. C’est le dispositif interactif dans sa dimension sonore qui prend désormais le pas sur l’expérience éditoriale et la réflexion autour du livre numérique.

Les lignes de désir se présentera sous la forme d’un texte lu par un acteur. Dans la version du prototype, j’ai enregistré l’intégralité des textes (dont une partie est disponible sur SoundCloud). Une voix nous raconte l’histoire dans les lieux traversés et dont la dynamique et le développement narratif « épouse » votre comportement, il suffit de se mettre en mouvement, de traverser la ville, de déambuler sur l’île pour découvrir les histoires de ce couple qui se sont connus dans cet endroit. Il vous parle, mais jamais directement, comme s’il était votre confident. Sa voix est neutre, il est à la fois le narrateur de cette histoire, la voix des personnages d’Octave le photographe, de Nora la jeune comédienne, et de son auteur. L’histoire s’adapte à votre itinéraire et à votre vitesse. Vous vivez une expérience personnelle, potentiellement unique.

L’utilisateur se trouve constamment entouré par le son lors de son périple, il expérimente ainsi diverses textures sonores, la voix humaine qu’il entend lui raconter une histoire par bribes éparses, se mélange aux sons de la nature environnante (le vent dans les arbres, le fleuve et ses ressacs), et aux bruits urbains (les voitures, les motos, les bateaux, les avions, les chantiers de construction, les voix des passants, etc.).

Les images existent déjà autour de nous. La mémoire visuelle du territoire que l’on traverse remonte à la surface, on entend, dans l’intimité des oreillettes du casque audio, les sons qui se confrontent au lieu traversé, les soulignent parfois en arrière-plan, y font écho ou le perturbe en le troublant, entrent cependant en correspondances.

Même si j’ai essayé de dresser une typologie de dispositifs sonores urbains afin de délimiter l’utilisation habituelle de la géolocalisation pour mieux la détourner, je me rends compte, à travers les premiers retours des personnes qui découvrent le projet, mais également en expérimentant moi-même le prototype d’application mobile développé par David Hodgetts et Olivier Evalet pour tester sa mécanique technique, que ce qui constitue l’originalité de mon projet n’est pas toujours bien comprise, sans doute parce qu’elle n’est pas encore suffisamment claire.

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On ne sent pas assez par exemple l’interaction entre nos mouvements, le rythme de nos pas, le lieu et les textes qu’on entend. Si je change de trottoir, si je rectifie ma direction, je ne sens aucune réelle différence, et c’est assez décevant pour l’utilisateur qui du coup a l’impression d’écouter un récit qui évolue seulement en fonction de sa géolocalisation. La lecture des textes se poursuit sans que je me rende compte d’un changement. C’est satisfaisant pour la continuité de l’expérience, pas de sautes en effet, ni d’interruptions dans le récit, par contre l’interaction de l’utilisateur au centre du dispositif devient inopérante, et vu que c’est l’utilisateur qui écrit le récit et le personnalise par ses mouvements et son attitude générale, il faut absolument qu’il en ait conscience et le perçoive sensiblement au fil de son itinéraire. Il nous faut donc trouver un moyen technique pour accentuer l’interaction du dispositif.

J’ai pu me rendre compte, en effectuant ces tests, que les fragments de textes sont relativement courts, mais on a tendance à marcher vite au début de l’expérience, on pratique beaucoup de chemin en écoutant finalement assez peu de l’ensemble des textes.

Je me demande par exemple si la notion de marche rapide ou de marche lente, dont je souhaitais me servir au départ, en influant sur le type de textes que l’utilisateur écouterait, est viable par rapport à ce que le moteur alimenté par le flux de position GPS est capable de saisir et de traduire en données ?

Un parcours d’une heure sur place (j’imagine que la plupart des personne passeront 30 minutes environ à marcher sur l’île, les plus courageux et les passionnés peut-être 1h30) : soit l’écoute de 80 textes dans leur intégralité (sur un total de 365).

J’ai eu la confirmation qu’il manquait des indications sur le parcours effectué et celui qu’il restait à parcourir. Il n’y a pour l’instant (mais le prototype va très vite évoluer) que le passage d’une zone à l’autre qui est visible, où l’on peut voir la liste des fragments de textes se charger et être diffusé. Il faudrait y remédier avec le travail sur le design de l’application pour optimiser l’expérience utilisateur. Mais peut-être également dans le texte lui-même, en créant des textes intermédiaires.

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Capture d’écran du prototype de l’application réalisée par David Hodgetts

Dans l’état actuel du prototype les fragments sont affichés par zone au moment où l’utilisateur entre dans celle-ci et où le moteur peut les proposer à l’écoute. Et quand ils ont été lus, une marque le signale. Je pense que ce n’est pas cela qu’il faudrait montrer dans la version « finale » car ce n’est pas le plus intéressant, mais il faut en tout cas garder un aspect graphique très simple et épuré à l’ensemble.

Je me suis rendu compte enfin en testant in situ sur l’Ile Saint-Louis le prototype, que je ne passais pas totalement inaperçu. Pour des raisons techniques je devais garder allumé mon smartphone afin que la lecture ne soit pas interrompue, du coup je tenais le smartphone à la main, le fil blanc de mes écouteurs visible devant moi. J’ai croisé de nombreuses personnes à la recherche de Pokemons avec l’application Pokemon Go et je donnais parfois l’impression de les imiter et non pas celle d’écouter un récit tout en me promenant. J’ai croisé également quelques guides touristiques sur l’île, leurs visiteurs me regardaient avec curiosité quand je les croisais dans la rue comme un touriste qui écoute à l’aide d’un audioguide une voix lui décrire les œuvres d’art du musée qu’il visite.

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Comme le précise Ulrich Fischer sur son blog, « cette première mouture n’est pas encore utilisable par le public – il s’agissait principalement de valider les aspects suivants :

  • Consistance de l’expérience mobile (flux audio ; précision de la localisation)
  • Pertinence du découpage par zones et des arcs narratifs
  • Solidité et évolutivité du workflow global, de l’édition artistique à l’expérience mobile – tout en étant le plus économique que possible… »

Des futurs tests vont nous permettre de préciser et d’affiner les critères et les règles de jeu du dispositif.

Les prochaines étapes concernent le design de l’expérience mobile à proprement parler (UI/UX), la visualisation des données, des images en lien avec les fragments audio et surtout une valorisation de l’expérience de l’utilisateur à travers des mécaniques d’engagement actif (création de contenus) et de partage.

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Scénarisation de l’expérience utilisateur

Le développement d’un prototype des Lignes de désir qui vise à valider et illustrer un moteur de génération narrative basé principalement sur le comportement déambulatoire de l’utilisateur, sur lequel vont désormais travailler deux développeurs Suisses, Olivier Evalet et David Hodgetts, qui m’ont été présentés par Ulrich Fischer, vise à régler ce moteur de façon à générer des arcs narratifs cohérents, et d’autre part, à rendre l’utilisateur sensible à son rôle d’agent.

Pour y parvenir, une étape importante consiste à travailler sur la scénarisation de l’expérience des utilisateurs. Il s’agit d’aller vers une description fine des scénarios d’usages du dispositif tels qu’ils pourront être vécus individuellement ou collectivement, en prenant en compte leur enrichissement par les contextes, les histoires et les outils. Par de nombreux aspects ce travail est proche de l’écriture d’un scénario (l’occasion de retrouver mes premières amours estudiantines, lors de ma maîtrise en cinéma et audiovisuel, spécialité scénario).

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Quai de Béthune, île Saint-Louis, Paris 4e

Scénario d’usage n°1

Mathilde : une jeune étudiante en architecture

C’est en se promenant sur l’île Saint-Louis, en remontant la rue principale que Mathilde a aperçu une élégante affiche dans la vitrine d’un café, le titre était accrocheur, Les lignes de désir, l’image d’une femme et d’un homme se promenant sur les quais de l’île. Cela a attiré son regard et aiguisé son attention, elle s’est approchée de l’affiche.

Le garçon de café lui a demandé si elle buvait quelque chose. Elle a été un peu surprise, mais pourquoi pas. Un café, a-t-elle répondu. Quand il est revenu lui servir son café elle lui a demandé s’il connaissait ce projet des Lignes de désir. Il a fait oui de la tête, et lui a expliqué qu’il s’agissait d’un projet de fiction à écouter en se déplaçant sur l’île. Une sorte d’audio-guide poétique a-t-il précisé. Il a sorti son portable de sa poche, lui a montré qu’il suffisait de flasher le QR code disponible en bas de l’affiche pour charger le site du projet. Ensuite, elle pourra écouter une histoire qui évolue en fonction de ses mouvements, en se promenant sur l’île Saint-Louis.

Mathilde a trouvé qu’il était bien renseigné et fort aimable, elle voulait préciser pour une fois, mais elle a gardé sa réflexion pour elle, inutile de se mettre à dos ce sympathique garçon de café, très serviable. C’est un client qui lui a parlé de cette application. Il ne l’a pas encore testé, ses heures de travail ne le lui permettent pas trop. Mais ça a l’air sympa.

Elle sort son iPhone, cherche son application pour flasher le QR code présent sur l’affiche. Elle trouve l’application Lecteur QR sur son iPhone, enregistre l’image qui après quelques secondes ouvre un site en pleine page sur son smartphone. Sur la page d’accueil du site qui s’adapte à la taille de l’écran de son téléphone, un texte de présentation lui précise que ce dispositif raconte l’histoire d’un photographe qui fait la rencontre d’une jeune femme mystérieuse sur l’Île-Saint-Louis où elle habite. Une carte de l’île Saint-Louis (en mode simplifié, juste le contour de l’île ainsi que le tracé des rues sur fond blanc) apparaît à l’écran.

Leur histoire d’amour est intimement liée à la ville dans laquelle ils aiment se promener tous les deux. Le dispositif invite le lecteur à marcher où il veut, au rythme qu’il souhaite sur l’ensemble des rues, des quais, des monuments de l’île, d’en arpenter tout l’espace. En fonction de son parcours le récit qu’elle entendra sera différent. Des boutons sont disponibles juste en-dessous de la carte de l’île permettant de lancer la lecture (Play), de la suspendre (Pause), et de l’arrêter (Stop). Pour commencer, il suffit de cliquer sur une icône représentant une flèche.

La jeune femme remercie le garçon de café, le paie et après avoir placé ses écouteurs qu’elle porte toujours dans son sac, pour écouter sa musique dans les transports en commun, elle appuie sur la flèche, le parcours commence, le voyant sur le plan se met à clignoter lui indiquant le lieu où elle se trouve, rue du Bellay, comme sur les plans de ville, la mention vous êtes ici. Vous êtes ici, pour écouter l’histoire et pour cela il faut parcourir les rues, les quais, les monuments de l’île à la recherche de tous les lieux de la fiction, se mettre en marche dans le récit pour entendre l’histoire. Le point de départ apparaît donc sur la carte. Son itinéraire va se dessiner au fur et à mesure de son parcours.

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Pointe de l’île Saint-Louis, Paris 4e

Elle se lève et se dirige vers le lieu qu’elle préfère le plus sur l’île, la pointe du quai de Bourbon, qui porte le nom de Louis Aragon désormais. Pour elle cet endroit est inexorablement lié à la lecture de la nouvelle Les fils de la vierge de Julio Cortázar dont Antonioni a tiré le scénario de son film Blow up en le transposant dans le Londres des années 60.

Elle se laisse porter par la voix grave et chaude de l’acteur qui raconte l’histoire de ce couple.

Ce qu’elle entend la surprend tout d’abord. Une voix d’homme envahit ses oreilles : « J’avance vers toi, vers vous. Je ne sais déjà plus comment il faut dire. Ce n’est pas si vieux, si lointain pourtant. Je te regarde, t’observe. Je vous vois en contre-jour. L’air autour de nous, et l’envie de disparaître, de s’effacer. Degrés plutôt que progrès. J’avance à pas lents, ralentis par l’émotion. Longtemps nous restons face à face, jusqu’au bout. Les allées et venues, les ombres nous effleurent. On va voir si ça tient. Devenir le polyvalent, ce dont on ne se rend pas compte lorsqu’on est un polyvalent. »

Très vite elle associe cette voix au personnage d’Octave, le photographe amoureux de cette jeune femme mystérieuse qu’il a rencontré sur l’île. Elle a même l’impression qu’il est en train de lui parler. Dans une douce et agréable familiarité. Elle marche très lentement, regarde un peu distrait les vitrines des magasins de la rue Jean du Bellay.

Elle traverse la rue, oubliant de regarder avant de traverser mais s’en rend compte in extremis en s’engageant sur la route. Elle sourit de cette distraction passagère que l’histoire qui l’emmène ailleurs explique en partie. Ce qui la surprend tout de suite, c’est le changement de ton dans l’histoire. « Un accident de lumière. Quand on se promène dans la rue, ce qui attire notre regard est très varié, c’est parfois un regard, un sourire, une attitude qui nous paraît étrange, une démarche qui nous rappelle une autre personne, un souvenir qui remonte à la surface, qui nous transporte ailleurs, très loin de là, à une autre époque de notre vie ». Elle longe désormais le trottoir pour rejoindre le Quai de Bourbon. Sur la pointe de l’île, elle fait une pause. Même à l’arrêt la voix de l’acteur continue à lui raconter cette histoire d’amour. Elle jette un œil à son téléphone pour vérifier si c’est normal.

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Square de Barye, île Saint-Louis, Paris 4e

Mathilde est restée longuement sur la pointe de l’île, s’attardant sur l’un des bancs. Elle avait envie de profiter de cet instant, du lieu et de cette voix. Mais elle se rend compte que le texte tourne uniquement autour de ce lieu où elle se trouve, et du temps qui passe. Elle s’en étonne. Et dès qu’elle se lève, elle a l’impression sans réussir à savoir si cela est lié ou non, que le ton de l’histoire évolue, se transforme brusquement. Très romanesque et descriptif lorsqu’elle était assise, en se mettant en mouvement, le temps se fragmente plus, et devient poétique. Ce qui n’est pas pour lui déplaire. Elle jette tout de même un œil sur l’écran de son iPhone pour vérifier si le dispositif indique quelque chose à ce propos. Rien d’anormal ne lui est signalé. L’histoire se poursuit dans ses écouteurs.

Pendant son parcours, elle peut voir à tout moments où elle en est de sa lecture. Le pourcentage de l’histoire déjà entendue et de l’expérience en cours lui indique où elle se situe et ce qu’il lui reste à parcourir pour avoir lu/écouté l’ensemble du récit. Elle ne voit que le début de son itinéraire dessiné sur la carte. Et le point de sa situation qui clignote pour indiquer sa géolocalisation. La durée de l’enregistrement est précisée, ainsi que le cours de celui-ci avec un curseur et le temps qui défilent simultanément. Elle remarque sous la Ligne de temps la présence de boutons sociaux (ils ne fonctionnent que si l’on est identifié (via Facebook ou Twitter ou son email)). Un cœur indique également si on apprécie ou non l’enregistrement quand il est achevé. Ce qu’elle indiquera sans doute à l’issue de l’expérience.

L’enregistrement porte un numéro généré automatiquement par le dispositif associé au titre qui créé un livre audio inédit.

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Quai de Béthune, île Saint-Louis, Paris 4e

Mathilde range soigneusement son téléphone dans son sac et se remet en marche. Direction le Quai d’Orléans. Elle flâne en écoutant l’histoire. Le soleil caresse la peau de son visage adoucit par un léger vent qui n’est pas pour lui déplaire. Mais elle se rend compte surtout, elle qui a suivi des études d’architecture, qu’elle porte désormais sur l’environnement qu’elle traverse, un regard différent, presque plus aigu que d’habitude, sur les éléments architecturaux bien entendu, mais également la forme de ce quartier de Paris.

Elle remonte la rue Saint-Louis en l’île. C’est à ce moment là qu’elle tourne pour s’engager dans la discrète rue de Bretonvilliers en passant sous un porche sombre aux parois recouverts de tags, ce qui est assez étonnants dans ce lieu chargé d’histoire. Elle entend dire : « La ligne droite est à proscrire. Marcher d’un bon pas, rythme soutenu, être à l’affût de ce qui nous entoure, à l’écoute. Écrire la ville en même temps que nous sommes en train de la lire. C’est une forme d’improvisation urbaine. Le ciel se couvre, nuages gris derrière la cime des arbres, une ondée s’annonce. Attendre la dernière limite pour se mettre à l’abri, avancer encore tant qu’on peut. J’avise quelques marches de l’autre côté de l’avenue, je ne vois pas où elles mènent, mais ce changement de décor est nécessaire à ma promenade ».

Elle avait bien lu la présentation du dispositif avant de commencer à marcher et se souvient qu’elle peut suspendre l’enregistrement à tout moments (si l’on coupe la lecture en appuyant sur le bouton « pause » cela suspend l’enregistrement. Si on arrête l’enregistrement, celui-ci est automatiquement enregistré. Une fenêtre s’ouvre alors avec un message qui vous demande si vous souhaitez enregistrer ou supprimer l’enregistrement. Si vous souhaitez le garder, il faut se connecter (via les réseaux sociaux) et lui donner un titre. L’enregistrement rejoint ensuite la bibliothèque de l’ensemble des enregistrements créés par les différents participants dans une rubrique intitulée EXPLORER.

Elle écoutera à nouveau son enregistrement chez elle, au calme, certaine de l’entendre d’une autre oreille, et de retrouver chez elle des images de sa promenade, les images de l’île Saint-Louis et celles que le récit à fait naître en elle, et qu’elle retrouvera intact, comme par magie, grâce à l’enregistrement, et dans la boite noire de sa mémoire, aiguisée par cette déambulation et ce récit qui cheminera encore longtemps en elle, bien après l’avoir entendu et l’avoir en quelque sorte marché.

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Fafner ? Quai de Béthune, île Saint-Louis, Paris 4e

Scénario d’usage n°2

François : un habitant du quartier d’une cinquantaine d’années

Il avait entendu parler d’un projet qui s’inscrivait sur le territoire de l’île Saint-Louis, il redoutait qu’il s’agisse d’une nouvelle installation comme celle de cet artiste de rue, street artiste comme ils se nomment désormais, ironise-t-il, qui avait, selon lui, défiguré l’île Saint-Louis, en recouvrant l’ensemble des quais, des ponts de l’île d’immenses reproductions de ses photographies représentant des femmes, et plus particulièrement leurs yeux nous fixant, nous dévisageant. Ce n’est pas qu’il trouvait ces photos laides, mais pour lui c’était une manière de se servir de la renommée de l’île, de la beauté et de la situation de ses monuments situés au cœur de la capitale, comme d’un cadre d’exposition, les murs de l’île transformés en simples cimaises.

Lors d’un conseil de quartier le porteur du projet, un écrivain parisien, Pierre Ménard avait présenté son projet et François avait trouvé cela très intéressant. Ce qui l’attirait le plus, c’était que pour une fois l’île n’était pas abordée comme un lieu touristique ou patrimonial, mais comme l’espace d’une fiction que l’on pouvait découvrir en la parcourant. Lui qui connaissait bien l’île pour y vivre depuis quinze ans, était impatient de l’appréhender sous un autre jour, l’angle d’une histoire d’amour qui se déroulait dans l’espace de l’île et que ce projet multimédia allait lui permettre de découvrir.

Il possédait depuis quelques années déjà un téléphone portable, il s’était donc rendu sur le site indiqué par l’artiste lors de sa présentation, le jour où le projet avait finalement été mis en ligne officiellement.

Quand il avait ouvert son téléphone, il possédait un Samsung GALAXY Core, il avait dû charger le site du dispositif via l’adresse qu’on lui avait communiqué sur le site du projet : http://leslignesdedesir.net

Sur la page d’accueil, une présentation du projet mentionnait l’histoire et le principe du dispositif. Plusieurs approches étaient disponibles. La première qu’il a testé était résumé par un verbe : PARCOURIR. Le sous-titre était assez intrigant : Le texte en marche. Mais on le comprenait très vite. Le but était en effet très simple, il s’agissait d’écouter une histoire en marchant dans les différents lieux de l’île Saint-Louis.

L’histoire était composé de courts fragments de textes lus par un acteur, éléments sonores qui ne s’activaient, ne se combinaient que si l’on marchait, que si l’on se mettait en mouvement. Leur contenu évoluait en fonction de notre parcours, mais également de notre attitude lors de ce parcours (le rythme de notre marche, le sens de notre itinéraire, les lieux visités, et le temps à les parcourir). Bien sûr ces associations, ces modifications du texte qu’on entendait en fonction de ses mouvements dans l’espace de l’île Saint-Louis, n’étaient pas perceptibles très clairement. C’est ce qui avait un peu désarçonné François au début de son parcours. Rien ne nous indiquait en effet qu’on venait de changer de textes. Et les fragments de textes surprenaient par leurs variétés et leurs résonances parfois avec les lieux qu’on traversait. François avait été surpris ainsi en arrivant devant la statue de la femme sans tête de la voir évoquée dans l’histoire.

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Rue Saint-Louis en l’île, Paris 4e

« En 1929, Max Ernst, publie un roman-collage, le premier d’une série. Une histoire en images. Pour réaliser ces collages, il choisit des fragments de gravures sur bois provenant de magazines, d’encyclopédies et de romans insignifiants du dix-neuvième siècle. Certains collages forment une parodie de certaines œuvres d’art célèbres ». Il avait poursuivi son chemin. Au fond se disait-il avec un léger sourire de surprise, lui qui attendait autre chose qu’une visite patrimoniale de l’île, on pourrait très bien imaginer des parcours touristiques avec ce type d dispositif. On marcherait dans un musée, dans le quartier d’une ville, et suivant l’endroit où nous nous trouverions, nous entendrions parler de l’œuvre ou devant le monument devant lequel nous nous trouverions. Ce serait plaisant, mais finalement assez proche de ce qui existe déjà dans les musées ou les lieux historiques et patrimoniaux, sous la forme d’audio-guides.

Là, remarquait-il tout en prolongeant son circuit un peu au hasard des rues qu’il connaissait pourtant très bien, mais avec cette fois-ci avec un regard un peu différent, décalé, surprenant, il écoutait une histoire dont il devait bien avouer il ne comprenait pas tout, dont il devait composer mentalement avec les manques, les oublis, les blancs, mais cela lui semblait plutôt bien correspondre au thème de cette histoire de disparition, avec cette marche qu’il opérait, dans ce lieu où les personnages avaient vécu, où ils s’étaient aimés, ces endroits qu’ils avaient eux-même arpentés, dans lesquels ils s’étaient plus à marcher, à flâner si souvent.

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Quai de Béthune, île Saint-Louis, Paris 4e

Scénario d’usage n°3

Mitch : un touriste américain d’une trentaine d’années

C’est en préparant son voyage à Paris que Mitch qui vit et travaille à San Francisco dans le numérique, alors qu’il cherchait des applications sur Paris, a dénichée cette application pour iPhone qu’il est pressé de tester sur place : Les lignes de désir. En effet il s’agit d’une application permettant d’écouter un texte de fiction se déroulant sur l’île Saint-Louis, en fonction de sa géolocalisation et de ses déplacements. Il avait prévu de visiter l’île dont il connaît la beauté et l’histoire par les livres qu’il a pu lire sur Paris.

Ce qui a tout de suite séduit le jeune homme c’est que le récit est disponible en anglais. Sans cela il n’aurait pas pu expérimenter ce dispositif, lui qui ne parle que quelques mots de français, juste de quoi se débrouiller sur Paris, mais pas assez pour écouter et comprendre un texte poétique.

Le menu est assez simple, Mitch parvient très vite à s’en saisir. Il souhaite surtout expérimenter la géolocalisation du texte. Pendant ses vacances sur Paris, il n’a pas pas beaucoup de temps, Paris est une ville si belle avec tant de lieux historiques à découvrir ou d’endroits pittoresques à visiter, il n’a finalement moins de temps qu’il espérait à consacrer à l’île Saint-Louis, mais il tient tout de même à voir comment fonctionne ce dispositif transmédia. Il est curieux d’observer comment cela fonctionne, car il a des projets qui pourraient entrer en écho avec dispositif géolocalisé. Il traverse donc l’île d’un pas pressé, empruntant la rue Saint-Louis en l’île, emplie de touristes comme lui. Mais avec son casque sur les oreilles, il s’isole d’eux, et l’histoire qu’il entend le transporte dans un univers qui lui est peu familier et plutôt exotique. Il comprend qu’il s’agit d’une histoire d’amour, et même s’il interrompt rapidement l’enregistrement, au bout de 30 minutes, il obtient une version du récit qu’il pourra écouter ce soir en rentrant dans sa chambre d’hôtel dans le Marais.

Le soir, alors qu’il s’apprête à écouter ce qu’il a enregistré en regardant sur son ordinateur les centaines de photographies qu’il a prises dans la journée, il se rend compte qu’il peut également utiliser une fonctionnalité qu’il n’avait pas remarquée en téléchargeant l’application sur son iPad aux États-Unis. Il existe un mode Carte d’écoute disponible dans une rubrique EXPLORER afin de composer un livre audio en choisissant un itinéraire sur une carte.

Il existe deux modes pour cette carte d’écoute. Un mode carte et un mode image. En mode carte, Mitch peut, sélectionner dans un menu déroulant un point de départ, sélectionner un point d’arrivée, sélectionner un nombre d’étapes, sélectionner une thématique (cinéma, marche, amour, photographie, etc.), ou bien encore sélectionner l’option : Parcours libre (qui détermine en mode Shuffle un parcours au hasard).

Un plan dynamique de l’île Saint-Louis est visible sur l’écran : en fonction du parcours déterminé par l’algorithme, l’itinéraire se dessine sur le plan. En bas de l’écran, une Ligne de temps (Timeline) permet de suivre l’écoulement de l’enregistrement créé par la combinaison des différents fragments sonores. Des boutons sont disponibles juste au-dessus permettant de lancer la lecture (Play), de la suspendre (Pause), et de l’arrêter (Stop).

La durée de l’enregistrement est précisée, ainsi que le défilement de celui-ci avec un curseur et le temps qui défilent simultanément. Sous la Ligne de temps, des boutons sociaux sont disponibles (ils ne fonctionnent que si l’on est identifié (via Facebook ou Twitter ou son email) : Un cœur pour indiquer qu’on apprécie cet enregistrement, un lien pour partager vers les réseaux sociaux.

L’enregistrement porte un numéro généré automatiquement par le dispositif associé au titre : livre audio.

Sous le bouton du Menu général, deux boutons (< / >) sont accessibles et permettent d’avancer à l’étape suivante sans devoir forcément écouter l’étape présente. Ce qui suppose que la génération du fichier mp3 du parcours créé par l’algorithme existe en deux versions : une intégrale et une découpée en ses différents morceaux.

Quand Mitch clique sur le bouton Stop, son enregistrement audio est automatiquement interrompu, et il peut le retrouver en cliquant sur un bouton Livre audio qui ouvre une nouvelle page où son enregistrement va rejoindre la bibliothèque audio de l’ensemble des parcours expérimentés par les participants sur le site. Les enregistrements peuvent être ordonnés par ordre chronologique, et par ordre de préférence (les plus aimés figurent en premier). Enregistrements audios qu’il peut à son tour écouter, aimer, partager.

Un bouton permet de basculer du mode carte ou mode images. La Ligne de temps en bas de l’écran, reste identique, seul le centre de l’écran évolue pour présenter un diaporama d’images liées au parcours qu’on entend (à partir de photographies géolocalisées via Instagram sur le parcours en question).

Mitch, qui croyait sélectionner ses photographies du jour, se laisse surprendre par la fascination de ce dispositif, et compose successivement plusieurs itinéraires sonores, racontant à chaque fois une histoire différente. La fatigue le retient, tard dans la nuit, de composer sur ce mode là une histoire en français, dans cette langue qu’il ne connaît pas mais qu’il a entendu toute la journée en traversant Paris. Pour prolonger la magie.

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Laurent Dumas habite quai de Bourbon, Paris 4e

Scénario d’usage n°4

Eugénie : une grand-mère active de 70 ans

Eugénie est une retraitée dynamique de 70 ans. Ses enfants lui ont offert une tablette iPad pour son anniversaire, et elle est bien décidée à l’utiliser. Ses enfants lui ont montré comment s’en servir et elle n’hésite pas à télécharger des applications pour les tester et s’amuser avec ce nouvel outil.

Une de ses amies qui habite Paris et qui sait qu’elle aime beaucoup les promenades, lui envoie un message pour l’inviter à découvrir un site qui permet de découvrir la ville autrement, à l’aide d’un téléphone portable ou d’une tablette, en écoutant, muni d’écouteur, une histoire en déambulant sur l’Île Saint-Louis. Cette île, elle le sait, a longtemps fasciné Eugénie qui a toujours rêvé d’y vivre. Elle lui envoie donc un courriel avec un article de presse qu’elle a lu sur le web, évoquant cette œuvre in situ qu’on peut arpenter de chez soi ou sur place, article lequel est indiqué l’adresse du site en question.

Eugénie se rend sur le site depuis sa tablette. cette histoire de photographe qui recherche la femme disparue qu’il a aimé la touche. Sur le site, en plus d’une invitation à marcher en écoutant l’histoire se dérouler au fil de notre parcours, il y a la possibilité de tester le dispositif depuis chez soi. Eugénie clique sur l’icône écouter. Une carte de l’île apparaît sur l’écran. Pour préparer son itinéraire, il faut choisir un point de départ du trajet dans une liste déroulante. Eugénie choisit le Quai de Béthune comme point de départ. Puis elle sélectionne un point d’arrivée : Rue le Regrattier. Elle a le choix entre un nombre plus ou moins grand d’étapes différentes. Elle en choisit 4 dans le menu déroulant mis à sa disposition sur le site. Puis elle valide son choix et l’application calcule en un temps record son itinéraire pour lui proposer d’écouter un enregistrement composé à partir de textes géolocalisés sur le parcours de l’itinéraire qu’elle a choisi.

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Librairie Ulysse, Rue Saint-Louis en l’île, Paris 4e

Elle peut l’écouter tout de suite, ce qu’elle fait en cliquant sur la flèche qui lance l’audio immédiatement. Pendant qu’elle écoute l’histoire, elle voit défiler sur l‘écran un diaporama d’images prises par l’auteur et les participants au projet qui ont enrichi de leurs photographies du lieu et de leur cheminement à travers l’île, comme le leur propose le dispositif, lors de leur parcours sur place.

Au bout de dix minutes, Eugénie choisit d’arrêter l’expérience, non que cela ne lui plaise pas, bien au contraire, elle a même beaucoup apprécié cette écoute et d’ailleurs elle profite d’un bouton « Partager » pour l’envoyer à son amie. L’enregistrement qu’elle a écouté est en fait un fichier mp3 qui a été créé à partir de l’itinéraire et des étapes choisis par Eugénie, et il est donc envoyé en version mp3 par email comme un livre audio qu’elle pourra écouter à son tour (avec un lien qui lui permettra de retrouver le site du projet).

Eugénie répond ensuite à son amie que lors de sa prochaine visite à Paris, elle pense pouvoir venir d’ici une semaine ou deux, après les vacances, précise-t-elle car là elle aura ses petits-enfants à garder à la maison et ne pourra pas trop bouger, elle aimerait bien qu’elle l’accompagne sur place pour tester grandeur nature ce séduisant dispositif interactif.

Deux semaines plus tard, après avoir retrouvé chez elle son amie Danièle, elles se rendent ensemble sur l’île Saint-Louis. Danièle habite près de la Gare de Lyon, elles décident de se rejoindre en métro aux abords de l’île Saint-Louis, préférant garder leur force pour la promenade sur l’île.

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Dispositif intermédia pour récit interactif

Écrire n’a rien à voir avec signifier, mais avec arpenter, cartographier, même des contrées à venir.

Gilles Deleuze & Félix Guattari, Mille plateaux, Minuit, 1980.

Les Lignes de désir propose d’explorer le récit interactif sous forme de narration combinatoire en mettant à disposition du promeneur, dans l’espace de l’île Saint-Louis à Paris (lieu où se déroule l’histoire) une base de données géolocalisées de textes se présentant sous la forme d’enregistrements sonores (lecture des différents fragments indépendants à circulation non-linéaire), offrant une ballade immersive sans pour autant lui dicter un quelconque chemin à emprunter.

 

La première étape du projet (qui a débuté en 2010) a donc été l’écriture des textes, 365 fragments de textes de 1001 signes, suivi par l’enregistrement de leur lecture (réalisé par moi-même en juillet 2015, pour tester la validité de l’ensemble mais qui seront enregistrés à nouveau avec un acteur professionnel à la rentrée). Chaque texte dure un peu plus d’une minute.

La deuxième étape consiste à la création d’une base de données de ces fragments de textes et de leur version sonore. J’ai utilisé pour cela, Airtable, en suivant les conseils d’Ulrich Fischer qui m’accompagne dans ce projet depuis 2015 :

Indexation des contenus : ajout de métadonnées (descripteurs, conditions de connexion et les variables) sur lesquels je reviendrai . Le type d’usage et les comportements des utilisateurs influençant les connexions, il est indispensable de les imaginer en amont, en « documentant » le texte pour l’enrichir de variable qui lui assure sa dimension combinatoire.

Le lecteur est l’auteur du texte qu’il écoute en marchant. C’est son parcours dans l’espace de l’île Saint-Louis (cadre du récit) qui façonne le texte final, dans un temps donné et un espace clos arpenté librement (les rues, les quais, les jardins, les monuments de l’île), de manière autonome, son expérience de lecture et d’écoute fabrique le récit constitué par l’assemblage des éléments révélés par le corps du lecteur à l’écoute, à l’affût, son cheminement à travers l’espace. Le lecteur se promène en effet à travers le texte qu’il invente au gré de ses mouvements, au fil de son parcours, le temps qu’il y passe, l’itinéraire qu’il emprunte, ses hésitations et ses accélérations, ses allers-retours et ses volte-face, la vitesse à laquelle il envisage son parcours, le temps dont il dispose, et c’est de cette manière versatile qu’il édite son texte à l’issue de l’expérience.

Les Lignes de désir propose d’explorer le récit interactif sous forme de narration combinatoire. De nombreux dispositifs sonores utilisent la géolocalisation et questionnent le rapport intime qu’entretient le son avec son environnement.

Les fragments sonores de la base de données sont géolocalisés mais elle répond également à un scénario d’usage préétabli à l’aide de métadonnées et d’une indexation très complexe qui permettent de mettre en relation de façon innombrable les différents éléments sonores qui la constituent, qui se combinent dynamiquement les uns aux autres pour générer une histoire personnalisée, un récit unique. Ce récit n’est pas enfermé du coup dans une seule lecture, réduit à une unique version, il s’ouvre, avec les moyens à notre disposition, vers autant d’histoires possibles. C’est ce qu’Ulrich Fischer nomme une narration combinatoire.

Le livre se dématérialise en abandonnant les supports linéaires traditionnels, en posant au passage la question de la place de l’auteur dans un environnement numérique.

Le texte est un scénario ouvert de récits envisageables, soutenu par sa forme de livre audio interactif et dématérialisé, incitant l’auditeur à écrire par la marche, l’épuisement du lieu auquel on l’invite, à en devenir à la fois l’acteur, l’un des personnages, l’auteur et l’éditeur.

Le texte est écrit pour être lu de manière non-linéaire, il est composé de fragments qui peuvent s’agencer, se combiner dans le désordre, mais dont le sens de lecture n’est pourtant pas abstrait, élaboré de manière aléatoire, livré au hasard, et c’est en cela qu’on peut parler de narration combinatoire. L’association des éléments, des fragments du texte n’est pas linéaire, mais elle répond à des critères variés, cumulatifs, agissant ensemble selon un scénario précis mais ouvert, élaboré à partir de contenus connectables, à travers des mots descripteurs, des métadonnées, objectives et subjectives (qui restent cependant toujours cachées à l’utilisateur), paramétré en fonction d’une géolocalisation pour créer une expérience de lecture inédite.

Le livre n’est pas terminé, clos, il reste ouvert, infini. Le texte n’existe pas en tant que tel, il est généré en temps réel par le lecteur. Chaque lecteur, suivant son parcours, édite son propre livre, livre sa version personnelle du texte.

Le texte est une base de données qui s’organise en fonction du déplacement du public. Cette interaction avec le spectateur qui prend ainsi une part active et créative dans le processus de réception, dans son interaction avec le texte et le lieu, le texte qui s’écrit dans le lieu, décrit l’endroit qu’il voit, dont il entend parler en marchant dans l’espace où se déroule le récit, parfois distrait ou troublé par les sons de la ville qu’il traverse. Le lecteur comme acteur, laisse des traces de son passage, combine par association algorithmique les contenus de la base de données, et partage son parcours avec les autres à l’issue de son expérience. Sa lecture du texte. Son texte de la ville.

On a beaucoup parlé d’écriture numérique, mais la plupart des textes écrits et diffusés aujourd’hui au format numérique, suivent le modèle classique, ancien, du livre imprimé. Avec un début, un milieu, et une fin. Le tout dans un objet clos. Bien sûr rien n’empêche le lecteur de sauter des pages, de lire à l’envers, mais l’auteur a figé une fois pour toutes le sens de lecture. Il existe des formes plus élastiques, comme celle qu’on peut trouver dans certains webdocs, avec des décrochements et des déviations occasionnels sur un chemin unique. Autre forme, la structure en arborescence, proche de celle des premiers CD-Roms et celle que nous connaissons sur les sites web statiques. C’est ce qu’Ulrich Fischer appelle la narration connectée. Elle est prédéfinie, pré-éditorialisée. La narration combinatoire quant à elle est générée à partir d’un flux de données. Elle est radicalement différente de la narration connectée où chaque élément de contenu est définie par avance, ne permettant pas d’autres combinaisons que celles prévues par l’auteur.

La prochaine étape du projet sera de tester le principe de ce dispositif interactif pour l’élaboration d’un prototype mobile en élaborant un ensemble de scénarisations de l’expérience utilisateur.

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Dispositifs sonores urbains

Les Lignes de désir propose d’explorer le récit interactif sous forme de narration combinatoire en mettant à disposition du promeneur, dans l’espace de l’île Saint-Louis à Paris (lieu où se déroule l’histoire) une base de données géolocalisées de textes se présentant sous la forme d’enregistrements sonores (lecture des différents fragments indépendants à circulation non-linéaire), offrant une ballade immersive sans pour autant lui dicter un quelconque chemin à emprunter.

De nombreux dispositifs sonores utilisent la géolocalisation et questionnent le rapport intime qu’entretient le son avec son environnement. Dans ces projets artistiques, les promeneurs doivent se laisser guider à travers un espace défini, un quartier, une rue, un musée. Des sons se déclenchent, se modulent lors du parcours en fonction de la localisation du marcheur équipé d’un smartphone et d’un casque d’écoute lui permettant de générer son propre mix urbain.

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Moillesulaz 1:1 (Moillesulaz échelle 1), est un dispositif sonore géolocalisé de Stéphane Degoutin, Elie Kongs, Gwenola Wagon.

Cette œuvre propose l’exploration d’un dispositif sonore géolocalisé par GPS de la région frontalière franco-suisse, autour du poste de douane de Moillesulaz. Entraînés par des récits croisés et subjectifs d’observateurs extérieurs, les promeneurs sont guidés à travers les contours de l’étrangeté, constitués du résidu des pratiques qui forment et déforment l’environnement des villes.

Sonospheres est un audio-guide participatif conçu et réalisé par Orbe en collaboration avec le collectif Kom.Post.

Sonospheres permet de capter et de restituer les voix qui ont parcouru un lieu à travers le temps. En se déplaçant, le public devient l’explorateur de cette cartographie mais aussi le co-auteur si celui-ci décide de contribuer en déposant le témoignage de sa propre visite. Grâce à un système de boussole dont il occupe la place centrale, il peut s’orienter dans les différentes contributions et attribuer à un point de vue son propre témoignage.

Murmures Urbains est une des versions de ce dispositif mis en place dans le cadre de la programmation officielle du Festival Chalon Dans la Rue en juillet 2015. Le projet est basé sur le dispositif web média situé permettant de délivrer des médias sonores via un smartphone en fonction de contraintes multiples combinables.

SoundWays est une application dédiée à la création, l’édition et la diffusion de parcours sonores géolocalisés. C’est le fruit de plusieurs années de recherche et d’expérimentation menées par le collectif MU, sur le rapport intime qu’entretient le son avec son environnement. Le Collectif MU a convié une vingtaine d’artistes à parcourir le canal durant un temps d’immersion, de rencontres et d’enregistrements, de La Villette à Paris jusqu’au cœur de la Seine-Saint-Denis, pour concevoir une œuvre polyphonique destinée à être écoutée au fil des parcours de Bande originale : une exploration artistique du canal de l’Ourcq.

Le tracé de l’application court comme un long fil perlé le long du canal de l’Ourcq, sur sept kilomètres. Des centaines de bulles de sons rythment les quais. Une flânerie urbaine d’une heure trente environ.

La position délivrée par le système de géolocalisation du téléphone active les sons, atténués ou intensifiés selon la distance à la source de la bulle. Plus qu’une succession de points d’écoute, SoundWays est un parcours constitué d’un joyeux chevauchement. « Au lieu d’une seule source, plusieurs bulles évoluent en fonction du déplacement du spectateur. Il compose ainsi son propre mix en les déclenchant », explique Philip Griffiths.

Géosonic Mix Normandie Impressionniste propose une immersion dans un paysage sonore en construction. Une architecture invisible, faite de 80 zones d’écoute, se superpose à la topologie de la ville de Caen. Des sons se déclenchent, se modulent lors du parcours en fonction de la localisation du marcheur équipé d’un smartphone et d’un casque d’écoute lui permettant de générer son propre mix urbain.

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Le projet propose un portrait sonore de la ville, sur la base d’enregistrements effectués sur place. De courtes pièces sonores (prises de sons, interviews, lectures, fictions) sont réinjectées dans l’espace public et deviennent les traces à réactiver de la mémoire de notre expérience sensible du lieu, un portrait ouvert et à entrées multiples dans lequel passé et présent, réalité et fiction se rencontrent.

Sur les bancs est un peu différent des précédents exemples. Il s’agit d’une application de réalité augmentée sonore qui propose des bulles de fictions géolocalisées dans les parcs et jardins de la ville de Paris. Grâce à la géolocalisation, l’application permet de repérer les histoires qui se trouvent autour de soi, d’être notifié quand on passe à proximité d’un épisode, et de la parution d’un nouvel épisode.

Cette application permet de repérer les histoires qui se trouvent dans notre environnement et d’être notifié de la parution de nouveaux épisodes. Une voix à gauche, une autre à droite, et nous voilà physiquement au milieu d’un dialogue entre deux personnages écrit par un romancier français.

Rue Saint-Louis en l-ile

Ce qui différence les Lignes de désir de ces projets et notamment de tous les audio-guides créatifs et les parcours (littéraires ou sonores) géolocalisés, c’est que dans le cas de notre dispositif aucun parcours ne peut être identique. Il faut utiliser la géolocalisation qui, embarquée sur la plupart de nos appareils mobiles, est un rouage important du dispositif global de connaissance instantanée de ce qui se passe dans le monde, mais pour mieux la détourner.

Il n’y a donc pas de voie à suivre ou d’itinéraire idéal dans les Lignes de désir, il n’y a qu’un espace des possibles à arpenter, l’espace de l’île Saint-Louis, et c’est la manière avec laquelle le public l’appréhendera (sens de circulation, vitesse de la marche, activités variées pendant le parcours, temps de l’itinéraire, lieux empruntés et l’ordre avec lequel ils l’auront été) qui déterminera le texte entendu, et le texte à lire à l’issue du parcours, qui en somme éditera une version du texte.

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Lectures

Le mot PechaKucha vient du Japon, c’est une forme très stricte, mais d’une incroyable richesse aussi bien côté intervenant que côté participants. François Bon décrit le principe de cette soirée Ce qui change dans lire, à la médiathèque de Bagnolet, le 9 novembre 2010 à 19h. : 2 sets de 5 intervenants, 20 images chacune projetée pendant 20 secondes, soit 6’40 pour chaque intervenant, libre d’organiser à sa guise son discours. C’est rythmé, c’est visuel, c’est une fable, un monde tout entier qui se révèle. Mon intervention (lecture avec sons et musique) avait pour thème : La ville à livre ouvert

Tous les ans, le centre international de poésie de Marseille, organise également une soirée lecture présentée par Jean-François Bory, celle des usagers du cipM. Je suis invité dans ce cadre le vendredi 25 juin à 19h. à une lecture d’extraits de mon texte en cours d’écriture : Les lignes de désir.

Dans le cadre de sa résidence à la Bibliothèque Robert Desnos de Montreuil, Anne Savelli m’a invitée à présenter, jeudi 19 mai 2011 à 19h, à la Bibliothèque Robert-Desnos à Montreuil, les lignes de désir, mon projet de fiction en cours d’écriture.

Du lundi 31 mai au jeudi 3 juin 2010, à partir de 23h., dans l’émission de Thomas Baumgartner, séquence 2 voix 5 minutes, diffusion du texte Les lignes de désir de Pierre Ménard, en quatre épisodes. Réalisation d’Anne-Pascale Desvignes, avec Rebecca Stella et Olivier Claverie (comédiens).

La nuit litanie a été créé pour l’émission de Thomas Baumgartner Les passagers de la nuit et la séquence qui clôt l’émission : 2 voix 5 minutes (Deux contraintes : deux comédiens et une durée de 5 minutes), de quatre épisodes. Enregistrée au studio 117 par Olivier Dupré, ingénieur du son, et réalisée par Véronik Lamendour, avec les acteurs Christelle Tual et Laurent Poitrenaux, l’émission a été diffusée en octobre 2009.

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Quand il pénètre dans la salle du 3ème étage de La Commanderie, le visiteur n’entend qu’un tumulte de voix dont il ne parvient qu’à peine à distinguer ce qu’elles disent, par bribes. Au centre de la pièce nue, posées sur un lutrin, les pages du récit Les lignes de désir, sont disponibles à la lecture des visiteurs. Si le public s’éloigne du milieu de la pièce et longe les murs de la pièce sur lesquels des haut-parleurs sont disposés sur chacun des murs, il entend le fragment d’une conversation entre un homme et une femme. Une conversation entre un couple dans la nuit de la ville, et une autre qui se déroule avec un autre couple, en pleine journée.

Ulrich Fischer accompagne le projet

Sur son site, Ulrich Fischer explique son investissement dans mon projet Les lignes de désir.

Voici un extrait de son texte dans lequel il expose ses axes d’approche pour l’accompagnement de ce projet :

  • Trouver un outil de base de données. Le stockage et l’éditorialisation des contenus est le socle pour tout : les tests, le développement puis le déploiement. J’ai donc cherché un outil simple, pas trop cher, souple, ouvert (import / export & APIs), qui fonctionne comme une web app responsive ou encore mieux avec une application native dédiée. Et j’ai trouvé Airtable, qui à mon avis convient parfaitement comme une première base de travail.
    Après avoir construit un « moule » spécifique adapté au projet (les champs, types de champs, tables liés pour les tags ou les taxonomies etc), Pierre a pu commencer à entrer les données (sons, textes, images, tags et autres descripteurs permettant ensuite d’articuler les contenus de manière vivante et immersive…
  • Trouver des services web et applications pour prototyper les usages. Il y a quelques pistes ouvertes, que je suis en train de tester avec les critères suivants: workflow depuis Airtable, fonctionnalités alignées sur les spécificités et besoins du projet, possibilités de customisation…

 

 

Pratiquer la ville en artiste

Nos modes de lecture changent, notre écriture évolue. Il nous faut articuler inventer de nouvelles formes éditoriales pour faire reculer les frontières du livre. Ainsi l’œuvre n’est jamais la même lorsqu’elle s’inscrit dans des formes distinctes. À chaque fois, elle porte une signification différente. Il faut expérimenter en dehors de nos zones de confort, exploiter les outils numériques pour développer de nouvelles manières d’écrire, de raconter des histoires, de représenter le monde, ce qui ne peut que démultiplier ce qui définit au fond le livre, la part de l’imaginaire, le travail de la langue.

Dans ce projet transmédia, l’écriture numérique s’éloigne de la narration connectée, qui est maîtrisée, fermée, pour proposer une expérience inédite, celle d’une narration combinatoire, vivante, ouverte, évolutive, générée et liée à un flux de données qui s’enrichit de métadonnées, en suivant les règles précises d’un algorithme, créant autant d’histoires qu’il y a d’itinéraires, permettant de faire raconter des choses différentes à un même contenu, et transformant le lecteur en acteur (son corps dans l’espace écrit son histoire, qu’il peut partager ensuite avec d’autres) et coauteur du texte qu’il parcourt, et des traces qu’il laisse chemin faisant sur son passage, sous la forme d’autres textes.

Une histoire d’itinéraires, un chemin à travers un ensemble structuré de contenus, qui connecte les histoires dans la ville, avec le monde qui nous entoure, dans une relation interactive et co-créative entre l’auteur et l’utilisateur.

Pratiquer la ville en artiste, c’est faire confiance à l’invention narrative de l’espace, et l’expérimenter collectivement dans tous ses supports d’édition, de diffusion et de médiation.

Principes de fonctionnement et architecture du site

Le dispositif des Lignes de désir propose d’écouter une fiction, casque audio sur les
oreilles, en marchant sur le lieu même du déroulement de son histoire (l’Île Saint-Louis à Paris). Il enregistre le parcours et calcule en temps réel le livre qui en résulte, en fonction des déplacements de l’utilisateur, son itinéraire, ses mouvements (rythme de son pas, sens de circulation, durée du parcours effectué).

Le texte produit, audio en premier lieu, prend la forme d’un texte qu’on peut éditer
dans une version numérique ou imprimée, à lire ou à partager en ligne sur le site dédié
à cet usage.

Supports pour le transmédia

Une version numérique du texte diffusée sur Publie.net proposant un tirage aléatoire des pages du récit, ainsi qu’une version imprimée à la demande disponible avec Publie Papier. Une version sous forme de cartes à jouer (tirage limité façon livre d’artiste), à partir d’une sélection de textes ayant pour thème le visage (série en cours d’écriture à partir de documents collectés sur Tumblr : Des Visages des Figures (Du don des nues). Un site Internet responsive qui propose une écoute mobile de l’histoire dans l’espace même de son déroulement (l’île Saint-Louis), et qui permet d’éditer selon le chemin suivi, la voie tracée, un récit inédit, un parcours poétique différent des autres qu’on peut également lire en ligne.

Leslignesdedésir-PierreMénard

Installation Les murs ont des oreilles à La Commanderie

Des installations sonores (associées à des lectures avec tirage aléatoire du texte et
des performances régulières (sous forme de visites guidées sur les lieux de l’histoire,
notamment)), à partir de pièces sonores réalisées avec les enregistrements de la lecture intégrale du texte.

2ème étape

Le palimpseste ne se limite donc pas à l’emprunt de phrases déjà écrites, du type ready-made, le palimpseste ce n’est pas obligatoirement reprendre les textes
d’autrui mais leur trace, leur écho, leur empreinte, leur projet pour les déconstruire,
pour les reconstruire, les critiquer, leur reconnaitre la force du questionnement ou
tout simplement celle du plaisir.


« La forme dominante du livre imprimé est linéaire, écrit Peter Meyers. L’écrivain écrit 384 pages et le lecteur lit 384 pages, l’une après l’autre. En termes formels, j’imagine cela comme une ligne droite, une courbe peut-être si vous voulez mettre en avant l’arc narratif (l’introduction, l’exposition, les conflits, la résolution, le dénouement). Le chemin est fixé par l’auteur qui lui-même travaille dans les limites imposées par la pagination et le livre relié. »