La ville à livre ouvert

Le mot PechaKucha vient du Japon, c’est une forme très stricte, mais d’une incroyable richesse aussi bien côté intervenant que côté participants. François Bon décrit le principe de cette soirée Ce qui change dans lire, à la médiathèque de Bagnolet, le 9 novembre 2010 à 19h. : 2 sets de 5 intervenants, 20 images chacune projetée pendant 20 secondes, soit 6’40 pour chaque intervenant, libre d’organiser à sa guise son discours. C’est rythmé, c’est visuel, c’est une fable, un monde tout entier qui se révèle.

Mon intervention (lecture avec sons et musique) aura pour thème : La ville à livre ouvert

Tout ce qu’il voit dans la rue, les gens qu’il y croise, les pensées qui lui viennent en marchant, tout ce qui l’obsède ou tend à disparaître, il le note sur un petit bout de papier de couleur qu’il peut détacher aisément et coller sur le mur de son bureau, à son retour. Il le fait à chaque fois qu’il sort se promener, à chaque fois qu’il marche dans la ville à sa recherche. La ville habite la ville. Elle se décompose et se recompose en une série de textes, de plans de lecture, de niveaux de sens, de collages de fragments et de moments qui font d’elle un texte ou, mieux, une succession, une addition de textes superposés, un palimpseste. Nous sommes à l’époque de l’espace, du simultané et de la juxtaposition. Et puis plus rien que le souffle heurté à soi-même. Nous défendons le vite. Le peu étant l’errance. Tous les livres qu’on achète, qu’on range dans nos bibliothèques, qu’on dispose sur les étagères de notre maison, contre les murs de chaque pièce de notre appartement, recouvrent peu à peu la moindre parcelle de notre intérieur jusqu’à en transformer radicalement les dimensions, les perspectives et, en règle générale, le sens de ce qui nous entoure. C’est une ouverture, une fenêtre.

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Les lignes de désir : Texte en cours d’écriture

Les lignes de désir sont des passages coupant à travers parcs et espaces verts, visibles sous forme de pistes de terre mal dégrossies ou chemins de chèvres marqués dans le paysage à mesure d’un piétinement journalier. Tracées par chacun dans une volonté d’arriver plus vite à destination, ou simplement par curiosité, ces lignes matérialisent la force de transformation et de liberté que peut prendre chaque individu sur l’espace urbain.

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Les lignes de désir est un projet de fiction, un récit à lecture aléatoire, un entrelacs d’histoires, de promenades sonores et musicales, cartographie poétique de flâneries anciennes, déambulations quotidiennes ou voyages exploratoires, récits de dérives aux creux desquels se dessinent les lignes de désir.

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Ce texte se compose d’une suite de monologues qui se font échos parfois dialoguent ou s’interrompent, écriture mosaïque, micros-fictions, ressassement de mots en mouvement dans le sens d’une marche en avant, dans le bruissement, la rumeur de la ville, son quotidien, non pas le spectaculaire de l’actualité mais ce qu’on ne voit pas puisqu’on y est immergé.

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Quelques extraits du texte publiés sur Liminaire et d’autres sites :

Le dormeur de ville : Liminaire

Le soleil est haut dans le ciel, c’est un beau jour d’été. Il fait chaud, l’air est lourd, pas un souffle de vent. L’homme dort à même le sol, sommeil d’ivrogne, lourd et fatigué. Il a échoué là, sur le trottoir, sans savoir où il est, ce qu’il fait là. C’est un lieu que je connais bien, tous les matins le même rituel pour aller prendre mon train, remonter la rue à l’ombre écrasante du bâtiment de la SNCF.

Suivre sa ligne (de conduite) : Liminaire

On marche des heures durant, au hasard des rues et des rencontres. Les bâtiments, les passants, ou le sens de la circulation sont autant de rencontres que l’on fait en ville quand on marche.

À l’ombre : Liminaire

Dans ce passage guère accueillant, qui conduit au parking de cet immeuble sans charmes, ce lieu qui n’est pas un lieu, lieu de transition plus qu’un lieu de passage, tout en longueur, on n’y traîne guère.

Le train-train quotidien : Liminaire

Nous entrons en contact avec l’étrange mystère des espaces qui nous entourent. Sa métamorphose ne l’empêche pas de craindre d’être un jour ou l’autre démasqué.

Vous êtes ici : Liminaire

Cet homme, je le croise dans la rue, familiarité passagère avec lui, les traits de son visage, son expression. Je le connais, mais je ne parviens pas à mettre un nom sur son visage, identifier d’où nous nous connaissons.

Les lignes de désir (extrait 1) : Remue.net

Il avance en se parlant à voix haute. L’expérience de vivre passe par le langage. Saisir et transmettre par l’écriture l’expérience du sensible.

Les lignes de désir (extrait 2) : Remue.net

Tout ce qu’il voit dans la rue, les gens qu’il y croise, les pensées qui lui viennent en marchant, tout ce qui l’obsède ou tend à disparaître, il le note sur un petit bout de papier de couleur qu’il peut détacher aisément et coller sur le mur de son bureau, à son retour.

Une carte est toujours une forme d’abstraction : Vases communicants sur Carnets d’Arnaud Maïsetti

Il faut bien commencer : Vases communicants sur Tentatives de Christine Jeanney

Je suis une ville : Vases communicants sur Omega Blue de Guillaume Vissac

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Les lignes de désir sur France Culture

Du lundi 31 mai au jeudi 3 juin 2010, à partir de 23h., dans l’émission de Thomas Baumgartner, séquence 2 voix 5 minutes, diffusion du texte Les lignes de désir de Pierre Ménard, en quatre épisodes.

Réalisation d’Anne-Pascale Desvignes, avec Rebecca Stella et Olivier Claverie (comédiens).

De quoi ça parle, Les Passagers de la Nuit ? De l’extraordinaire au quotidien. Du monde à hauteur d’homme, qui n’est jamais plus beau et passionnant que dans ses replis, dans ses coins cachés, dans des récits personnels…

Les lignes de désir, c’est quoi au juste ?

Un livre devient un autre livre à chaque fois que nous le lisons. Une ville c’est pareille invention, voyage à travers le temps, chaque parcours la transforme. Marcher dans les rues, c’est entrer dans les pages d’un livre. En garder une trace. Avec cet étonnement de voir, au fil du temps, se dessiner un chemin qui n’existait pas au moment où on le parcourait. Ce dialogue n’est pas celui d’un voyage, mais d’un parcours. Un ressassement de mots en mouvement dans le sens d’une marche en avant, dans le bruissement, la rumeur de la ville, son quotidien et la juxtaposition ou l’entrelacement de nos lignes de désir.

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Récit à lecture aléatoire

Les lignes de désir, récit à lecture aléatoire, résulte de la contrainte d’une écriture en ligne, réalisée directement sur Internet, en 2010 et 2011.

Associant dans une construction par affinités de timbres, échos, contrepoints, par tensions, intensités des textes écrits à partir d’ateliers d’écriture sur la ville, de descriptions de la ville par le biais de diptyques photographiques déclencheurs de l’écriture, de réflexions sur les lignes de désir et la sérendipité, de faits divers et d’inventaires urbains, de récits de promenades géolocalisés, dérives et chemins de traverses, des micro-fictions et d’un journal de travail en fragments sur Twitter, le dispositif a pour but de permettre progressivement la création d’une fiction à lecture et circulation aléatoire. Le récit n’est pas celui d’un voyage, mais de récits brefs au sein d’un récit, le voyage permettant cette enchâssement d’histoires, coupures, recoupes, pauses qui font éclater la continuité du récit, à partir de l’expérience quotidienne de la ville, dans la rumeur du monde qui nous entoure, le flux incessant des rues, des passants, les trajets et leurs traces.

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Ce texte se compose d’une suite de monologues qui se font échos parfois dialoguent ou s’interrompent, écriture mosaïque, micros-fictions, ressassement de mots en mouvement dans le sens d’une marche en avant, dans le bruissement, la rumeur de la ville, son quotidien, non pas le spectaculaire de l’actualité mais ce qu’on ne voit pas puisqu’on y est immergé.

« Le rythme, écrit Paul Valéry, c’est quand le successif a quelque chose du simultané. »

Le rythme fait se répondre, se mêler les éléments discontinus, hétérogènes, donc successifs de ces monologues, dans le présent de l’écriture, qui les rend, en quelque sorte simultanés. Multiples voies et voix possibles d’un monologue en dialogue de sourd, pour restaurer ce Soi malmené, effrangé par la vie, menacé par sa fin.

Un livre devient un autre livre à chaque fois que nous le lisons. Un livre se réinvente à chaque lecture. Une ville c’est pareille invention, à chaque vision, voyage, chaque parcours la transforme. La trace du parcours, en soi, trajet imaginaire de la ville en mouvements infimes. Le livre est une étape du processus de création, c’est un autre objet que le site.

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Ce projet d’édition est protéiforme. J’imagine un texte dont la publication ne retiendrait qu’une sélection aléatoire dans l’ensemble des fragments écrits (et à chaque nouvelle impression, une nouvelle version créant ainsi autant de versions collectors de ce récit), mais aussi une version sous forme de cartes à jouer (tirage limité façon livre d’artiste), un site (avec des promenades sonores (ambiance ville lecture de fragments du texte et création musicale), des diaporamas de trajets à rejouer à travers la ville), une application iPhone/iPad (permettant une écoute mobile de ces parcours poétiques) et des performances .

Du lundi 31 mai au jeudi 3 juin 2010, une version du texte Les lignes de désir (extrait du texte en cours d’écriture) a été diffusé dans l’émission de Thomas Baumgartner, Les Passagers de la Nuit, séquence 2 voix 5 minutes, en quatre épisodes, par Rebecca Stella et Olivier Claverie (comédiens). Réalisation d’Anne-Pascale Desvignes.

Tentative d’épuisement d’un lieu parisien : Place Stalingrad

L’année dernière j’avais suivi en ligne, sur le site de micro-blogging Twitter, l’expérience initiée par Thomas Baumgartner de Twentative d’épwisement d’un lieu parisien qui s’inspire directement du texte de Georges Perec : Tentative d’épuisement d’un lieu parisien.

En octobre 1974 Georges Perec s’est installé pendant trois jours consécutifs place Saint-Sulpice à Paris. A différents moments de la journée, il a noté ce qu’il voyait : les événements ordinaires de la rue, les gens, véhicules, animaux, nuages et le passage du temps. Des listes. Les faits insignifiants de la vie quotidienne. Rien, ou presque rien. Mais un regard, une perception humaine, unique, vibrante, impressionniste, variable, comme celle de Monet devant la cathédrale de Rouen.

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J’ai demandé aux participants de la quatrième séance de l’atelier d’écriture sur la ville que je mène dans le cadre de ma résidence d’écrivain, de décrire ce qu’il voyait, place de Stalingrad à Paris, par écrit (et pour certains en prenant des photographies) du lieu où ils se trouvaient (un café de la place chacun) pendant une heure. Pendant ce temps-là j’ai pris des photos de la place, réalisé un enregistrement sonore et twitter l’expérience.

Quelques tweets pendant l’atelier d’écriture :

4e atelier d’écriture sur la ville, aujourd’hui Place Stalingrad, à partir de 14h. : Tentative d’épuisement d’un lieu parisien

Place Stalingrad, début de l’opération d’épuisement du lieu, une manif se prépare. Pour les sans papiers…

C’est l’attente, comme avant un orage, une grande banderole écrit noir sur fond blanc et des cordons de sécurité tout autour

Manifestation « No borders » place Stalingrad http://twitpic.com/1nzjjq

Au tabac, à côté de chez Damien primeur, une bonne odeur de pop-corn

Personne n’a été écrire au Rond-Point, au resto de la gare ni au Conservatoire. Pourquoi ?

Une fois la manifestation partie, cortège d’une cinquantaine de personnes (combien selon la police ?), retour aux bruits de la ville

Pas le temps d’aller saluer Thierry Théolier qui discute en charmante compagnie au café Jaurès

Grand brassage de population en ce lieu ce samedi, premières notes de musique venant de la place, un bébé pleure, passe un métro

Les passants prennent le soleil en regardant une péniche passer l’écluse #telp http://twitpic.com/1nzp10

C’est une place au centre de laquelle on ne passe qu’en transport en commun : voiture, métro, bus. Pour flâner c’est en périphérie.

Dans le brouhaha ambiant (moteurs, conversation, musique), difficile d’entendre les oiseaux chanter, ils sont là, avec le soleil.

Police nationale // Franchissement interdit // écrit noir sur fond rouge et blanc.

La terrasse du Cadran bleu crée un embouteillage de passants devant le passage piéton qui mène au canal. Babel de langues et d’accents.

« Elle l’a appelé Achille son gamin. Achille, quand même ! »

La séance d’écriture s’achève bientôt, difficile de prendre des photos, enregistrer des sons, et twitter l’ensemble.

Le temps se couvre, est-ce un signe ? Les nuages au-dessus du métro aérien. J’entends : »Là c’est un mauvais plan ! »

Bruit du métro, c’est comme à la mer. Pas synchrone en tout cas avec le sens de la circulation rythmé par les feux du Carrefour.

Fin de l’expérience de twentative d’épuisement d’un lieu. Maintenant on va enregistrer les textes des participants à l’atelier.

Contraintes directionnelles

« La forme la plus simple de la carte géographique n’est pas celle qui nous apparaît aujourd’hui comme la plus naturelle, c’est-à-dire la carte qui représente la surface du sol telle que vue par un œil extraterrestre. Le premier besoin de fixer les lieux sur la carte est lié au voyage : c’est le mémento de la succession des étapes, le tracé d’un parcours. Il s’agit donc d’une image linéaire, telle qu’elle peut être donnée seulement sur un long rouleau ».

Italo Calvino, Le voyageur dans la carte in Collection de sable

« Un palimpseste est un parchemin partiellement effacé sur lequel on écrit de nouveau. Félix est sensible aux traces de l’écriture précédente qui interfèrent avec le nouveau message, y ajoutent du bruit ou du sens adventice, et rendent possible de tirer de nouvelles lignes de désir de cette accumulation de signes ».

Le Capitalisme Mondial Intégré et la révolution moléculaire, Félix Guattari (Ce texte est une note en bas de page d’un article de Félix Guattari paru dans Politis).

Ligne de désir et contraintes directionnelles

La ligne de désir signifie « la courbure optimale du tracé qu’un piéton laisse dans son sillage lorsqu’il est totalement libre de son mouvement. » Mais cette notion est contrariée par les « contraintes directionnelles » réparties sur le territoire urbain, comme les passages pour piétons, la circulation à moteur, « les espaces publics mobiles » auxquels il faut ajouter les « espaces publics immobiles » installés sur les parcours afin de permettre aux piétons de jouir autrement de l’espace urbain. Ce sont tous les équipements destinés à faciliter l’accès et permettre de mieux accueillir le piéton : bancs publics, terrasse de café, kiosques à journaux etc… Entre tous ces dispositifs, le désir du marcheur urbain tend à lui permettre de privilégier « l’accès le plus direct possible à la destination. » Toutefois, cela comporte des risques. « Les piétons font des compromis pour minimiser ce risque lorsque des dispositifs le permettent, tout en essayant de préserver au maximum la ligne de désir optimale qui serait originellement leur choix. »

La géographie comme genre de vie : un itinéraire intellectuel, Paul Claval

« Les prévisions de trafic des ingénieurs reposaient sur des enquêtes menées au domicile des citadins pour préciser leurs déplacements. En mettant directement en relation les points d’origine de ces mouvements et le lieu où ils aboutissaient, on obtenait une figuration de la vie de relation à l’intérieur de la ville, indépendamment de le structure des voies. C’est par la comparaison de la carte des lignes de désir (c’est ainsi que les flèches représentant les flux étaient désignées) et de celle des déplacements réels, que les ingénieurs pouvaient choisir les itinéraires où faire porter les investissements pour faciliter la circulation globale. »

Zoner

Zoner, c’est au fond accepter que nous avons renoncé à observer d’autres sujets comme on observe des fourmis ou des myosotis. Et que nous sommes avec les fourmis, les myosotis et les autres humains à la fois sujets et objets d’observation, nous regardant les uns les autres avec la stupéfaction des voyageurs à pied qui n’ont pas réservé à l’auberge. C’est un grand soulagement et un intense plaisir. Zoner, c’est confier aux étoiles le soin d’organiser nos terrains en y tressant contraintes, aléas et silence. Nous savons ce que nous voulons et nous nous laissons dériver au fil des heures et des chemins vers où nous guide l’intuition de nos penchants et des accidents. Zoner, c’est accepter d’être multiples et de confier à cette multiplicité de jouer des effets de relief de la réalité. Et c’est aussi admettre de n’être qu’un de sorte à rassembler toute expérience aussi farfelue soit-elle dans la connaissance singulière du sujet traité.

Marc Hatzfeld : Zoner, une errance dans l’émergence

Dans l’ouverture d’un autre monde

Promenade géolocalisée entre la rue Eugène Varlin dans le 10e et l’avenue Simon Bolivar, dans le 19e arrondissement de Paris, diffusée sous une autre forme, sur le blog d’Anne Savelli : Fenêtres Open Space, à l’occasion de l’opération vases communicants d’échange de blogs tous les premiers vendredis du mois.

Photographies et poésie de Pierre Ménard

Se réduit le monde autrefois cercle où son corps se réduit aux lettres, mince lueur d’avant multipliant ses lignes. L’instinct critique : quelques mots dont le dessin, plusieurs fois, récite le silence. La plus grande preuve se donne chaque jour, puis devient transparente sous le charme. L’infini est atteignable. À l’heure même où je marche, mon ombre fait le tour de la terre. Ma façon de peser sur le sol.

Nous voyons sans voir, bien sûr, ce que l’on tient entre ses mains. Proche et lointain. Pourquoi le déficit de lumière ? Cette soif d’infini qu’ouvre la nuit. Son acte de naissance, son destin.

Une fois encore le moment est venu de reprendre tout le langage. J’avance donc à demeure. La terre est en dessous de moi. Bien plus vite je pense. Phrase qui implique son mouvement. Assembler toutes les images.

Je suis face au ciel, pour devenir ce décor noir, presque perdu dans son regard. Ces fragments vers un sens impossible. Pour le vide unique. Je décline les heures, le reste étant la nuit possible, malgré la nuit du jour. La dépouille des syllabes.

Certains reliefs d’ombre adressent un regard. Balancement des arbres. Le seul rêve de voir haut. À portée résonne le bonheur. Ces mots, nuées, leurs évidences.

Maintenant dans le paysage, je ne garde en moi que son ombre. Les parallèles du cœur. Une lumière plus vive.

Dans l’ouverture d’un autre monde, Échapper, à coup sûr, est le vœu. Un moment s’ouvre, en quelques heures il sera temps. Mais un souffle nouveau de l’air. Au moment voulu, à l’instant, l’écho s’en répercute en nous.

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Fiction Shuffle

Une trouvaille : la visualisation du canon 1 à 2, dit « canon cancrizans » (c’est-à-dire en crabe), issu de L’Offrande musicale, de Jean-Sébastien Bach, sous forme de ruban de Möbius. En effet, sur Parcours étranges on découvre que « le manuscrit montre une seule portée dont le début est joint avec la fin. Cet espace est topologiquement équivalent à un fibré en droite sur le cercle, connu sous le nom de ruban de Möbius. L’exécution simultanée des deux chemins d’aller et retour donne lieu à deux voix, dont la symétrie détermine une évolution réversible. Un univers musical est construit et puis “déconstruit” vers le silence. »

Tout reprendre à partir d’ici. A contre-courant du paysage. Ce qui emplit la pièce, résonne, revient, rebondit. Ils viennent revoir ce qu’ils n’ont jamais cessé de voir. Ils savent introduire les couleurs nécessaires au feu. Il en faut si peu pour rejoindre la couleur. L’étonnement devant l’étendue. Un bruit paisible, régulier, monotone. Et l’impression de voir battre son cœur. Comme un ultime point d’appui. Rester en place, sur place. C’était il y a longtemps.

Le dehors intrigue. C’est toujours devant un mur. Cela se prépare lentement. Ma tête ne retient plus le temps. Dans un vide. L’œil guette un sens que rien n’approche. Quelque chose que l’œil ignore. Le paysage, une passion vide. Beaucoup plus qu’une mémoire. Des secousses, l’impossible mouvement souple que le jour retient. C’est comme une perte d’équilibre. Hors du sens le temps d’un frôlement. Le corps se glisse dans l’attente. Le détail agrandi se verra mieux. Vaut-il mieux retenir son souffle ?

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Les lignes de désir sont des passages coupant à travers parcs et espaces verts, visibles sous forme de pistes de terre mal dégrossies ou chemins de chèvres marqués dans le paysage à mesure d’un piétinement journalier. Tracées par chacun dans une volonté d’arriver plus vite à destination, ou simplement par curiosité, ces lignes matérialisent la force de transformation et de liberté que peut prendre chaque individu sur l’espace urbain.

Une ligne de désir est un sentier tracé graduellement par érosion suite au passage répété de piétons, cyclistes ou animaux. La présence de lignes de désir en zone urbaine signale un aménagement urbain inapproprié des passages existants.

Les lignes de désir est un projet de fiction, un entrelacs d’histoires, de promenades sonores et musicales, cartographie poétique de flâneries anciennes, déambulations quotidiennes ou voyages exploratoires, récits de dérives aux creux desquels se dessinent les lignes de désir.

Je tape choix sur la base de données des textes de Liminaire. Je trouve cette phrase : Je suis à la recherche d’une forme d’attente sans fin et qui n’a pas de cause. Quelques lignes plus loin : Comme si ma pensée ne cessait de se former, de se reprendre, comme si elle commençait, ou recommençait, à tout instant : J’ai envie de réfléchir à ce qui m’arrive maintenant. plus loin je trouve la chute de mon pavé de texte : Poursuivre son chemin, comme si de rien n’était. Je poursuis pour combler le trou. Il y avait un choix à faire. À les dire il y a comme un clignotement du sens demandant si cela doit être. Dans un constant glissement ou jeu de rebonds, de relances : ils se rejoignent, se délient, se retrouvent, s’effacent, dans une sorte de chorégraphie très souple, sans ruptures. J’opère de menus changements sur la syntaxe, les temps de la conjugaison. De préférence au présent. Je reprends le texte après y avoir ajouté cet extrait : Je n’entends plus que l’écho multiplié de ma voix. À charge pour eux de les porter. Je finis par me surprendre et m’entendre. Tout a l’air endormi et tranquille.

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Je suis à la recherche d’une forme d’attente sans fin et qui n’a pas de cause. Comme si ma pensée ne cessait de se former, de se reprendre, comme si elle commençait, ou recommençait, à tout instant. Je ne sais pas d’où vient la lumière. J’ai envie de réfléchir à ce qui m’arrive maintenant. Pas le temps. Il y a des choix à faire. Des directions à prendre. À les dire il y a comme un clignotement du sens demandant si cela doit être. Dans un constant glissement ou jeu de rebonds, de relances : ils se rejoignent, se délient, se retrouvent, s’effacent, dans une sorte de chorégraphie très souple, sans ruptures. Nous sommes venus par un circuit, en ville, différent. La condition générale du monde est, au contraire, de toute éternité, le chaos. Il ne reste qu’à se mettre au diapason. Je n’entends plus que l’écho multiplié de ma voix. Je finis par me surprendre et m’entendre. Pourtant, à cette heure entre chien et loup, tout a l’air endormi et tranquille. Poursuivre son chemin, comme si de rien n’était.

Il faut trouver la longueur juste des chapitres, ne pas faire trop long. A la lecture j’ajoute de courts passages, modifie sensiblement le texte. Je fais une nouvelle recherche dans la base à partir d’un mot du texte ci-dessus : cause. On ne sait d’où vient la lumière. Et l’on continue ainsi en composant le texte de l’intérieur, en l’augmentant de phrases supplémentaires.

C’est comme une promenade nocturne à travers les rues de Paris. Souvenir des images du film Les mains négatives de Marguerite Duras.

La nuit litanie

La nuit litanie est un texte que j’ai écrit à la demande de Mathieu Brosseau pour le numéro 23/24 la revue L’étrangère, numéro dont il assure la direction et qui est paru à l’automne 2010.

Un large extrait du texte écrit pour la revue, dont une partie a également été diffusé sur mon site, a été lu à l’occasion de la lecture à laquelle m’a invité Anne Savelli dans le cadre de la fin de sa résidence au 104.

Ce texte a été complètement retravaillé pour l’émission de Thomas Baumgartner Les passagers de la nuit et la séquence qui clôt l’émission : 2 voix 5 minutes (Deux contraintes : deux comédiens et une durée de 5 minutes), de quatre épisodes.


Un couple dans la nuit. Derrière leurs fenêtres, ils regardent la ville en contrebas. Ils parlent et imaginent ce qui se passe dans la pénombre. Des volets clos sur des fenêtres aveugles. Debout dans l’embrasure d’une nuit sans voix, désirant, ils cherchent leur souffle. Des rues, une nuit, vides. Des histoires, ce qu’on se dit pour commencer. Nous vivons ainsi. Un renversement, ce vertige d’être au monde. Une chose que nous sentons vaguement, ombre ou petite lueur, dont la silhouette fantomatique s’élève dans la nuit. Un désir, une émotion, un lieu, de la lumière et des bruits.

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Les longs couloirs. J’ai toujours été fasciné par les longs couloirs. Sans doute un lointain souvenir d’Alphaville, le film de Jean-Luc Godard. À la maison de Radio France, on pénètre par un sas de décompression. Puis on avance, un peu à l’aveugle, le vigile nous indique une direction, on prend l’ascenseur, on monte les marches d’un escalier, on pousse des portes en verre qui claque dans notre dos avec un petit bruit étouffé, une manière de se mettre en condition pour l’écoute. On est là pour ça précisément. L’écoute. Tendre l’oreille. Dans le studio 117, aux côtés d’Olivier Dupré, l’ingénieur du son et de la réalisatrice Véronik Lamendour, pendant les trois heures d’enregistrement que dure la séance, avec les deux acteurs : Christelle Tual et Laurent Poitrenaux. Ils sont en contrebas dans la salle nue, assis autour d’une table. Un faux contact fait clignoter la lumière tamisée pour l’occasion. Les écouter derrière la vitre nous met à distance, en retrait, mais dès qu’on enregistre, leur voix emplit littéralement l’habitacle du studio d’enregistrement. On écoute les yeux fermés. C’est par ce travail d’enregistrement, les différentes versions demandées aux acteurs par la réalisatrice qu’elle obtient le matériau pour composer l’œuvre finale. Le texte n’est jamais retravaillé directement, mais par le jeu des acteurs, oui bien entendu. Leurs nuances, la couleur qu’ils donnent au dialogue. Le mixage vient ensuite mêlant les différentes versions enregistrées.

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J’ai toujours été sensible à la voix. Je croise quelqu’un, je sais que je le connais, l’ai déjà croisé, mais je peux me tromper, ne pas trouver son nom de suite. Avec la voix, le grain d’une voix, c’est comme une empreinte, je reconnais toujours la personne. Quand je suis arrivé devant la porte du Studio 117, deux personnes discutaient, je me suis présenté, ils m’ont salué. Je n’ai pas reconnu leur nom, un peu ému. Pourtant, plus je regardais Laurent Poitrenaux, plus j’avais l’impression de le connaître. Christelle Tual et Laurent Poitrenaux se sont assis pendant qu’Olivier Dupré installait le matériel, lisant le texte en diagonal, me posant parfois des questions. Laurent Poitrenaux a tout de suite vu de quoi il s’agissait. Il a parlé de cut up dans la phrase qui permettait de passer d’une émotion à une autre. Et je me suis souvenu de sa voix dans les pièces d’Olivier Cadiot mises en scène par Ludovic Lagarde. « C’est comme si j’avais trouvé dans son écriture un tempo, une musicalité. » Sa voix change de registre avec la même adresse sidérante. L’enregistrement commence. Dans l’obscurité, des voix se font entendre. Tout cela n’est que nuances. Des images se glissent. Des voix, des échos. Des mains et des visages. Les pas qui nous rendent anonymes. Les horloges vont à rebours. On ne sait pas définir le temps, si c’est du passé ou du présent.J’ai lu au 104 une version de ce texte à l’occasion de la fin de résidence d’Anne Savelli. Étrange, comme elle me l’a fait remarquer, d’entendre ces mots-là dans cette version dialoguée. La voix cassée de Christelle Tual toute en sensualité et celle de Laurent Poitrenaux, réfléchie et tendue vers l’intérieur. Avec ces échos et leurs correspondances. Sous la voix des acteurs comment situer sa propre voix ?

Quand on aime, qu’aime-t-on ? Quand on écoute, qu’entend-on ? Le texte pose, à travers la voix des acteurs, leur jeu, ces questions intempestives tant elles remettent en cause l’apparente simplicité du réel. Jouant avec les auditeurs, brouillant les représentations trop simples et les frontières trop claires, il souligne à quel point nous construisons la réalité.

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La nuit est un moment si particulier, si intense. Pour moi c’est comme la radio, un sas de décompression avant de trouver le sommeil. Manière de rêve éveillé. C’est très agréable cet engourdissement sans se laisser aller à dormir. La radio, la nuit, un instant privilégié. Une écoute à partager. Où l’on cherche à effacer les traces du jour comme au matin celle de la nuit sur nos visages. Et quand la nuit ne retient plus rien qui vaille, regagner sa chambre infime, écouter la radio dans l’obscurité, s’allonger à même le carrelage ou rester assis dans son fauteuil. On parle trop peu de la capacité qu’ont les corps à épuiser la lumière et à chasser les bruits du jour par la sonorité nocturne. Et sans cesse avec cette présence forte des voix, cette répétition sans fin chaque soir. Ce couple qui parle dans la nuit c’est à notre rencontre qu’il vient, leurs deux voix qui se répondent ou s’entrecroisent, s’interrompent ou se relancent, s’adressent à nous. Nous parlent et parlent de nous. De nos certitudes et de nos doutes, de nos douleurs, souvenirs et perte de mémoire. Puis on ferme les yeux et la rencontre se produit, aux révélations étonnantes. Ma nuit à moi est déjà là.